La Française de Comptages, fondée en 2002 pour monter “33 heures 30 minutes“, spectacle déambulatoire relatant l'épopée de l’aviateur Charles Lindbergh, n’est pas formée d’une équipe permanente : elle se constitue ponctuellement en compagnie autour de ses projets, chacun y apportant son savoir, savoir-faire et savoir faire faire.
C’est d’abord pour le projet « 33 heures 30 minutes » que l’équipe se constitue avec enthousiasme aux côtés de Benoit Afnaïm, malgré les conditions de création annoncées (pas de financements, donc pas de salaires, des mois de construction et de répétitions, perte probable de leur statut d’intermittents, etc….)
En effet, Benoit Afnaïm, jusqu’à présent constructeur et comédien dans le milieu du théâtre de rue, formé à l’école des grandes parades monumentales (Cie Oposito, Cie Off…), artiste-concepteur d’étranges installations mécaniques, est allé présenter son scénario et son projet de fresque musicale déambulatoire à de multiples personnalités du théâtre de rue qu’il connaissait déjà pour avoir travaillé à plusieurs reprises avec eux.
Mais La Française de Comptages, nouvelle née, avait la prétention et l’ambition de s’attaquer au format grandiose, alors qu’on sait bien qu’une compagnie, pour remporter de la crédibilité, de la confiance, et donc des financements, doit faire ses preuves de longues années sur des petites puis moyennes formes de spectacle.
Or dans ce cas, il s’agissait d’une équipe de création de 50 personnes, d’une équipe d’exploitation de 35 personnes, de 3 camions pendant le spectacle, d’un avion « qui vole ! » ; d’une grue télescopique à l’arrière d’un des camions, à son bras un bureau radiophonique suspendu et le vrai journaliste radio qui va avec, suspendu lui aussi, à plus de 14 m de haut, survolant la foule époustouflée ; de rotatives en marches ; d’une armée de crieurs de journaux qui distribuent (gratuitement), au public, qui se les arrache, de vrais journaux qui relatent vraiment l’action du spectacle mais aussi les vraies actualités de l’époque (et puis quelques évènements inventés parce que quand même) ; le tout en chansons (paroles et musiques composées pour l’occasion par Michel Risse de Décor Sonore), puisqu’une comédie musicale, ça se chante, et puis même, tiens, ça se danse ! 5 mois de constructions, 2 mois de répétitions prévus. 5 000 personnes par représentations attendues.
Bref, La Française de Comptages, encore en gestation, s’attaque à du lourd. Cela relève de l’exploit, mais justement, c’est bien un exploit qu’il s’agit de raconter, celui de Charles A. Lindbergh, 1er aviateur à rallier New-York à Paris en avion, sans escales, en 1927. Alors, qu’à cela ne tienne, pour retracer un exploit, on réalisera un autre exploit.
Petit à petit, on en entend parler dans le Milieu. La rumeur court, que des fous mettent en péril leur confort d’intermittents du spectacle pour faire naître un spectacle énorme… On appelle, on rend visite, certains vont même jusqu’à proposer leurs services (gratuitement ! pour la gloire !)…
Grâce aux aides d’Animaville, producteur, au Fourneau de Brest et à l’Atelier 231 (Sotteville-Lès-Rouen), coproducteurs, ainsi qu’à la DRAC Ile-de-France, « 33 heures 30 minutes » a pu bénéficier de certains apports financiers et en nature (camions, ferrailles, ateliers, hébergements, nourriture…). Résultat : l’équipe est allée au bout de la construction (6 mois) et des répétitions (2 mois), la sueur de leurs fronts et l’énergie de l’enthousiasme, du rêve, de l’imbécilité, au choix, pour seul salaire.
« 33 heures 30 minutes » s’est joué 10 fois entre 2002 et 2007. Les publics de Maurepas, Dreux, Sotteville-Lès-Rouen, Nice, Angers, Béthune, Amiens et St Raphaël l’ont accueilli avec des acclamations (Angers, 10 000 personnes !). Tous ont suivi du début à la fin l’épopée de Lindbergh ; accompagné les frasques de Benny Gordon, sponsor de Lindbergh ; écouté avec méfiance les propos fumeux de Scott Murray, le journaliste radiophonique véreux ; et milité avec Dolores Di Rosa, la rédactrice en chef du journal L’Indépendant. Ils ont aimé les chansons, les chorégraphies, l’humour permanent de ce spectacle, le gigantisme des décors, les journaux à lire chez eux, pour faire durer le plaisir qu’ils ont eu ce soir-là, la générosité et la proximité des comédiens…
La Française de Comptages, avec « 33 heures 30 minutes », a bel et bien réussi un exploit. Elle est devenu une sorte de mythe, de légende, peuplée de furieux passionnés par le spectacle, en tant que nourriture du rêve, du rire, du désir. Elevés à cette chère-là, ils cherchent à tout prix à la partager, la donner à voir, la communiquer, par tous les moyens dont ils disposent.
Et comme si ça ne leur suffisait pas, ils recommencent avec "Une Cerise Noire"…